Cantate BWV 103 “Ihr werdet weinen und heulen” (J S.Bach) – The Netherlands Bach Society
Selon saint Jean, Jésus préfère les images aux explications, au grand désarroi de ses disciples. Après avoir annoncé sa mort et sa résurrection dans un langage obscur, il leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie. » Clair ? Loin de là, et Bach souligne la confusion des disciples dans son chœur d’ouverture, reprenant précisément les paroles qui auraient été lues lors du sermon à son époque, juste avant le début de la cantate.
Bach rend les « weinen und heulen » (pleurs et lamentations) extrêmement poignants, et c’est précisément ce qui confère à ce mouvement (et à ces thèmes contrastés) une dimension si baroque. Quiconque s’interroge sur le chromatisme – l’influence des intervalles de demi-tons sur les émotions – trouvera ici l’un des exemples les plus éloquents de Bach. Il suffit d’écouter les cordes, dont les notes grincent de haut en bas, comme pour « pleurer ». Ou de ressentir comment les « heulen » implorent la prochaine note « rassurante ». La tension devient presque insoutenable.
Au milieu de cette confusion harmonique, Bach adopte un ton joyeux : la longue introduction instrumentale devient ensuite le fondement de ce qui semble être un chant jubilatoire. À mi-chemin, le chœur se tait soudainement pour un récitatif dramatique (pour Jésus lui-même ?), qui, bien sûr, est une fois de plus empreint d’un chromatisme âpre.
Bach emprunta les paroles des deux arias suivantes avec récitatif à Christiana Mariana von Ziegler, musicienne et poétesse de renom sur la scène culturelle de Leipzig. Cependant, afin d’accentuer le contraste entre la douleur et la joie, il remania considérablement le texte, rendant méconnaissables la structure des rimes et les subtiles images des Lumières de Ziegler. Les impressionnants solos de flûte à bec du début cèdent la place, dans l’aria du ténor, à la trompette, instrument parfaitement en accord avec le sacrifice héroïque de Jésus. La cantate s’achève sur un choral de remerciements empreint de sérénité.
Enregistré pour le projet « All of Bach » le 28 mai 2021 à l’église wallonne d’Amsterdam, aux Pays-Bas
0:00 Ihr werdet weinen und heulen (Choeur)
5:43 Wer sollte nicht in Klagen untergehen (Récitatif)
6:25 Kein Artzt ist außer dir zu finden (Aria)
11:14 Du wirst mich nach der Angst (Récitatif)
11:51 Erholet euch (Aria)
14:57 Ich hab dich einen Augenblick (Choral)
Direction : Shunske Sato
Alto : Alex Potter
Ténor : Daniel Johannsen
Ripieno soprano : Lauren Armishaw, Marta Paklar, Amelia Berridge
Ripieno alto : Sofia Gvirts, Bernadett Nagy, Adriaan de Koster
Ripieno Ténor : Adriaan de Koster, Immo Schröder
Ripieno Basse : Matthew Baker, Pierre-Guy Le Gall White, Michiel Meijer
Violon 1 :Sayuri Yamagata, Annelies van der Vegt, Andrew Wong
Violon 2 : Pieter Affourtit, Anneke van Haaften, Manja Kruidhof-Okkerse
Alto : Staas Swierstra, Deirdre Dowling
Violoncelle : Lucia Swarts, Barbara Kernig
Contrebasse : Robert Franenberg
Hautbois : Rodrigo López Paz, Katharina Verhaar
Basson : Benny Aghassi
Trompette : Robert Vanryne
Flûte à bec : Pieter-Jan Belder
Clavecin : Siebe Henstra
Orgue : Leo van Doeselaar
flûte à bec : Pieter-Jan Belder
