Atelier-rencontre professionnelle “Le consort de flûtes”, au CMBV, 27-28 mars 2026
Les 27 et 28 mars 2026, le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) a accueilli deux journées de formation consacrées à un projet inédit : la reconstitution d’un concert de flûtes baroques, tel qu’il pouvait exister à la cour de Louis XIV.
Co-organisé avec Flûtes à bec en France, cet événement a réuni interprètes, pédagogues, facteurs et chercheurs et fait dialoguer recherche, facture instrumentale et pratique musicale.
Au programme : présentations musicologiques, échanges sur les choix de construction, éclairages sur le répertoire (notamment chez Lully), mais aussi et surtout prise en main et jeu en ensemble sur ces instruments reconstruits, dans leurs diapasons et avec leurs doigtés historiques.
Ces journées ont permis à une quarantaine de participant·es d’expérimenter concrètement ce que pouvait être le son d’un consort de flûtes au XVIIe siècle. Une expérience rare et tout à fait unique, qui marque une étape importante dans la redécouverte de ces pratiques et ouvre des perspectives enthousiasmantes pour la suite du projet.
Compte-rendu de ces deux journées, par Pierre Nénez et Claire Sécordel
Les vendredi 27 et samedi 28 mars 2026, le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) a accueilli deux journées de formation professionnelle consacrées à la réception d’un nouvel ensemble de flûtes à bec baroques, dans le cadre de son projet de parc instrumental.
Co-organisées et conçues avec l’association Flûtes à bec en France, ces journées ont réuni des flûtistes, enseignant·es, étudiant·es, facteurs et chercheurs autour d’un programme pensé comme l’aboutissement d’un travail inédit de reconstitution d’un ensemble de flûtes à bec pour jouer la musique à la cour de Louis XIV, au plus près de l’état des connaissances.
Ce projet s’inscrit dans la continuité des politiques de reconstitution instrumentale portés par le CMBV, qui ambitionne de conjuguer recherche et pratique musicale (après, notamment, la reconstitution des 24 violons du Roy et plus récemment de la bande de hautbois pour la restitution d’Atys de Lully).
Cette fois, les flûtes à bec ont été mises à l’honneur à travers la recréation d’un consort complet (on préfèrera d’ailleurs le terme historique de concert de flûtes), dans deux diapasons : 400 Hz, diapason d’origine, et 392 Hz pour pouvoir utiliser les flûtes avec les autres instruments du parc instrumental déjà à ce diapason.
La composition de l’ensemble :
– 1 petit dessus en fa (sopranino)
– 1 haute-contre en do (soprano)
– 1 taille en fa (alto)
– 2 quintes en do (ténor)
– 1 petite basse en fa
– 2 grandes basses, en do et en fa, dont l’existence dans ce contexte fait débat
Nous vous proposons ci-dessous un retour sur le contenu des deux journées, en suivant le déroulé et en explicitant les principaux apports de chaque intervention.
Déroulé et interventions
Communication de Benoît Dratwicki (directeur artistique du CMBV et musicologue) et Thomas Leconte (chercheur)
La formation s’est ouverte par une présentation du cadre musicologique, historique et institutionnel du projet, qui nous a permis de situer la reconstruction du consort de flûtes dans l’histoire de la musique et dans les missions du CMBV, en particulier à travers le développement de son parc instrumental. Elle a également mis en lumière les enjeux actuels de la recherche et de la pratique dite historiquement informée : sur quelles sources s’appuyer (instruments originaux, mentions dans les éditions ou les livrets, témoignages, iconographie, livres de comptes…).
Table ronde sur les choix de construction du consort
Tiago Simas Freire, Henri Gohin, Claire Michon, Benoît Dratwicki et Thomas Leconte ont présenté les grandes décisions qui ont jalonné le projet : constitution et composition de l’ensemble, choix des instruments originaux pris comme modèles, question du/des diapasons, équilibre entre exigences historiques et réalités pratiques. Le comité scientifique a confié les reconstitutions à deux facteurs, Marco Magalhães et Henri Gohin
Communication d’Henri Gohin : la reconstruction des flûtes basses
Henri Gohin, qui a réalisé les deux plus grandes flûtes de l’ensemble, a exposé les problématiques spécifiques liées à ces instruments peu ou pas documentés, ainsi que les choix opérés à partir des sources disponibles.
La question de l’opportunité d’utiliser une grande basse dans ces musiques a également fait l’objet de discussions, dans la continuité des débats menés par le comité scientifique.
Son intervention a permis de comprendre l’équilibre nécessaire à leur réalisation, entre recherche, manque de sources, doutes, hypothèses plus ou moins plausibles, expérimentation, adaptation, compétences techniques…
Communication d’Augustin D’Arco : le répertoire et l’usage scénique de la flûte à bec, spécifiquement chez Lully
Le travail de recherche mené par Augustin D’Arco nous a permis de replacer les instruments dans leur contexte d’usage, en nous intéressant au répertoire (notamment chez Lully) et à la place de la flûte à bec sur scène.
Le contexte spécifique de jeu dans les musiques de ballet et d’opéra a été souligné : fort symbolisme, registres de prédilection pour l’intervention des flûtes comme les scènes pastorales, sommeils, célébration de l’Amour, etc. Nous avons pu percevoir le lien direct entre les intentions musicales et les possibilités offertes par les instruments.
Communication de Marco Magalhães : le processus de reconstruction des flûtes
Marco Magalhães a présenté son travail de facteur et les différentes étapes de la reconstruction des instruments du consort : son approche des sources, des instruments historiques, le déroulé de la fabrication des instruments.
Nous avons aussi pu mesurer l’ampleur du défi : en quelques mois, il lui a fallu rassembler la documentation existante, étudier les originaux, réaliser plusieurs prototypes et aboutir à des instruments jouables. Suite à ces premières situations de jeu en ensemble, son travail va se poursuivre, en lien avec le CMBV, Tiago Simas-Freire et Claire Michon, afin d’aboutir à des instruments aussi parfaits que possible et aussi proches que possible des instruments ayant servi de modèle à leur création.
Lectures de répertoire et premières prises en main des instruments
Plusieurs sessions de lecture ont ponctué les deux journées, en alternance avec les communications. Elles nous ont permis de découvrir et d’expérimenter le jeu sur des instruments présentés pour une fois dans leur diapason et avec leurs doigtés historiques.
Le répertoire travaillé a notamment traversé des airs et ritournelles de Lully, Charpentier et Montéclair, et grâce à l’énorme travail préparatoire fourni par Tiago Simas Freire avec le concours d’Augustin D’Arco, chacun·e a pu jouer plusieurs flûtes lors de ces lectures en “concert de flûtes”.
Temps de jeu libre et échanges informels
Enfin, des moments de jeu libre et de discussion ont permis de prolonger l’exploration des instruments et d’échanger avec les intervenant·es. Nous avons vraiment apprécié ces temps plus informels, qui nourrissent les réflexions et renforcent les liens entre les participant·es.
Conclusion
Ces deux journées de formation nous ont offert une immersion dans un projet à la croisée de la recherche, de la facture instrumentale et de la pratique musicale.
Nous retenons le caractère inédit de cette formation et la qualité de l’organisation, qui a permis à une quarantaine de participant·es d’expérimenter le jeu sur des copies d’instruments, des partitions originales et dans les formations historiques.
Nous appelons de nos voeux une nouvelle rencontre une fois la phase de réglages et de rodage des flûtes achevée, et espérons que ce partenariat entre le CMBV et Flûtes à bec en France pourra se poursuivre, afin de rendre ces instruments accessibles au plus grand nombre, notamment aux classes de flûte à bec.
Crédit photo : Bruno Cornec
Ce texte est téléchargeable ici Atelier rencontre professionnelle CMBV
