Congrès 2016 – Journées des flûtes à bec Renaissance

Congrès 2016
Journées des flûtes à bec Renaissance

Le 6e congrès ERTA-France a eu lieu le samedi 19 et dimanche 20 mars 2016 à Tours (Indre-et-Loire).

 C.R.R. de Tours  CRR de Tours 1  et sa chapelle  CRR de Tours 2

Ce week-end s’est déroulé en partenariat avec l’ensemble Doulce Mémoire et le Conservatoire à Rayonnement Régional de Tours. Conférences, ateliers, scènes ouvertes, table ronde, bal Renaissance et concerts ont rassemblé plusieurs musiciens-enseignants, facteurs, élèves et amateurs autour de la flûte à bec Renaissance. Voici un résume de ces journées passionnantes.

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Samedi 19 mars

Plusieurs conférences et tables rondes autour de la flûte à bec Renaissance ont eu lieu au Conservatoire de Tours.

« La place de la flûte à bec dans la musique de la Renaissance »
Conférence d’introduction de Denis Raisin-Dadre.

Denis Raisin-Dadre a situé le contexte musical et historique autour de notre instrument à cette période.

« La flûte à bec Renaissance : le retour »
Conférence d’Adrian Brown.

Adrian Brown a décrit la pratique musicale de la flûte à bec grâce à ses recherches sur les instruments originaux existants (environ 200 flûtes à bec à travers le monde, dont 47 à Vienne, la plus importante collection), l’étude des traités (Virdung, Agricola, Ganassi, Jambe de Fer, Praetorius et Hieronimus Cardans, De Musica, écrit à Venise en 1546, manuscrit de type « Ganassi élargi » publié au 19e siècle !), des répertoires et de la théorie musicale de l’époque.

« Les flûte colonnes : un consort d’exception »
Conférence d’Henri Gohin et Guido Maria Klemisch.

Tours2016_Conference-flutes-coloneesCes instruments exceptionnels ont été construits par Hans Rauch von Schratt. Probablement originaires de la ville d’Anvers, les flûtes appartenaient peut-être à la ville et ont été jouées par les musiciens municipaux. La seule source littéraire est le journal de Charles Burney qui visite Anvers en 1772 : il explique qu’il a vu des flûtes à bec ressemblant à des bassons. Aujourd’hui, la ténor et la basse sont à Paris (Cité de la Musique), l’alto à Bruxelles et la soprano à Francfort-sur-le Rhin. Les deux facteurs ont ensuite détaillés la facture de ces flûtes. Henri Gohin a fait une reconstruction du quatuor qui s’ajoute à la collection de Doulce Mémoire.

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Henri Gohin avec Guido Klemisch

« L’Énigme Ganassi : l’art de la diminution »
Conférence illustrée de William Dongois.

Conference-Dongois3932William Dongois a fait un exposé sur le traité de Sylvestro Ganassi : Opera intitulata Fontegara. Il  a présenté les différentes figures de diminutions, les proportions et les règles d’utilisation, en accompagnant le tout d’exemples musicaux à la flûte à bec et au cornet à bouquin, accompagné au clavecin.

Table ronde sur Ganassi
avec Denis Raisin-Dadre, William Dongois et les facteurs Henri Gohin, Adrian Brown, Francesco Li Virghi, et Bruno Reinhard.

Cette table ronde a permis d’établir le répertoire en lien avec Ganassi : chansons, frottoles, madrigaux des compositeurs contemporains de Ganassi comme par exemple Arcadelt, Verdelot et Willaert.

Table-ronde-Ganassi3935La flûte « Ganassi » et ses notes suraiguës : Ganassi n’est pas un facteur, il utilise les instruments de son temps. Le frontispice du traité Fontegara montre trois flûtes à bec qui seraient de facteurs différents. La flûte à bec « Ganassi » que nous connaissons aujourd’hui avec sa perce cylindrique et son pavillon large a été « créée » au XXe siècle par de nombreux facteurs. Frederick Morgan a été le premier à construire une d’après un modèle qui serait une flûte de consort selon Adrian Brown.

« Situation et avenir de l’enseignement de la flûte à bec »
Table ronde avec Alain Sobczak (Le Tourdion), Elsa Franck (C.R.R. de Caen), Claire Michon (Pôle Sup de Poitiers), Carine Moretton (Vanves) et Christophe Wallet (directeur du C.R.R. de Tours). Animé par Anne Leleu. En voici un résumé.

Alain Sobczak : Tout d’abord un rappel de l’historique de l’enseignement de la flûte à bec en France. Dans les années 60, il n’existait qu’une seule classe à Strasbourg. Les années 70 voient le développement des premières classes (Versailles, Toulouse, Douai …) avec des professeurs non titulaires. La création d’une commission pour la création d’un CA de flûte à bec aboutira à une première session en 1982. Il n’y en aura que trois, car environ 10 ans plus tard apparaîtra le CA de musique ancienne.
Christophe Wallet : L’histoire à Tours est assez identique. Le département de musique ancienne est crée en 1989-90. Les professeurs sont des artistes en activité, il est important d’avoir une équipe autour des enseignants de flûtes à bec avec des professeurs contractuels (importance des statuts).
Claire Michon : En Europe, dans l’enseignement supérieur, les missions évoluent : former des spécialistes de plus en plus spécialisés et performants ; former des musiciens « classiques ». Les pays d’Europe de l’Est et du Sud apportent des idées neuves. On constate cependant une baisse très importante des effectifs d’étudiants européens en musique ancienne et en flûte à bec . L’heure est à la formation obligatoires des musiciens classique à la musique ancienne. Un e étude sur l’état des lieux des classes de flûte à bec en France pourrait être envisagée, il n’y a plus de statistiques nationales depuis 2008.
Christophe Wallet : Il y a une demande d’évolution de l’enseignement de la part des pouvoirs publics.

Polyvalence des enseignants : Qu’est-ce qu’un professeur de flûte à bec aujourd’hui ?

Carine Moretton : La polyvalence est vécue comme quelque chose de très concret dans le quotidien : rapport à la scène, disciplines transversales. La formation continue est dans ce cadre nécessaire.
Claire Michon : Au niveau européen, pour l’enseignement supérieur existe l’Association Européenne des Conservatoires et le réseau ELIA (The European League of Institutes of the Arts) auquel toutes les structures d’enseignement peuvent adhérer.
Christophe Wallet : La fonctionnarisation de l’enseignement a fait que des enseignants ont abandonné leur pratique. Or la pratique doit enrichir l’enseignement grâce aux passerelles artistiques et stylistiques entre théâtre, musique et danse.
Claire Michon : Cela concerne les personnes déjà installées. Pour les jeunes, quid de l’activité de flûtiste professionnel ? Le contexte a changé, la période de créations de postes (les années 80) est révolue. Il faut jouer la carte de la poly-compétence et savoir que la situation des enseignants et des intermittents est une exception en Europe. Mais ce n’est pas forcément mieux ailleurs.
Marion Fermé : Exemple de l’Allemagne et des difficultés rencontrées : paiement à l’heure de cours, précarité, absence de sécurité sociale.
Claire Michon : Des solutions vont émerger, et il faut les aider à émerger. La capacité à porter et développer des projets est majeure, les compétences fondamentales sont nécessaires.

La flûte à bec et son répertoire

Anne Leleu : Peut-on créer des départements de « Musique historiquement informée » ?
Christophe Wallet : Non, car cela concerne pratiquement tout le monde.
Carine Moretton : Au sein d’un département de musique ancienne, on peut avoir un rôle d’ouverture à l’oralité et aux autres arts.
Claire Michon : L’image de la flûte à bec est la même partout en Europe. Je ne crois pas au récital de flûte à bec soliste. Les flûtistes comme Frans Brüggen ont relancé les répertoires anciens dans les années 70, mais cette période est révolue. D’autres instruments jouent maintenant cette musique. Le répertoire du 18e siècle pour flûte à bec et basse continue est destiné aux amateurs. Dans les année 90, la flûte à bec a pris une place qui n’était pas la sienne. Aujourd’hui, elle reprend une place plus naturelle d’instrument d’ensemble et moins de soliste. Je suis heureuse d’un séminaire tel que celui-ci autour du consort car c’est là le véritable répertoire de notre instrument.
Carine Moretton : Il faut re-développer une pratique d’ensemble, y compris la polyphonie incluant la voix.
Claire Michon : Faut-il des cursus de musique ancienne dès le départ ? Non, pour ne pas enfermer et formater les élèves. Il vaut mieux faire ce qui commun à tous au départ. Les jeunes aujourd’hui passent plus facilement d’une esthétique à une autre.

Christophe Wallet : Notre société est basée sur le visuel et non le sonore. On parle de spectacle vivant, dont les musiciens font partie. Le monde artistique est d’abord contestataire. Souvent on rend trop lisse notre apprentissage artistique. Un des dangers pour la flûte à bec est d’en faire un instrument trop doux, trop « mièvre ». Il faut aller plus vers les formes croisées, le spectacle vivant ; je pense que le récital est mort. Quand on est sur scène, on se retrouve tous.

Scènes ouvertes

Deux scènes ouvertes ont été organisées dans la Chapelle du Conservatoire pour les élèves venus des conservatoires de Bourg-la-Reine (professeur : Béatrice Delpierre), La Courneuve (professeur : Françoise Defours), Cholet (professeur : Christine Gord), La Garenne-Colombes (professeur : Rosangela De Lima), Tours (professeur : Géraldine Ferré-Carrillo), Paris 7e (professeur : Solène Riot) et Limoges (professeur : Marie-Agnès Martineau).

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Bal Renaissance

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Les participants aux Journées ont pu pratiquer les danses de la Renaissance avec le concours des musiciens de Doulce Mémoire et d’étudiants du C.R.R. de Tours.

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Et toute la journée :

Rencontre avec les musiciens de Doulce Mémoire

Exposition et rencontre avec les facteurs Adrian Brown, Henri Gohin, Guido Maria Klemisch, Francesco Li Virghi, Bruno Reinhard

 G.Klemisch

       
Flûtes colonnes d’Henri Gohin … avec Pascale Imbert-Garcia et Sabine Weill

William Dongois et Bruno Reinhard

Exposition de partition avec Les Cahiers du Tourdion

Ateliers

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Dimanche 20 mars

Concert exceptionnel avec 50 flûtistes à bec !

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A 11h à l’Hôtel de ville de Tours, divers ensembles se sont succédé pour interpréter des pièces de la Renaissance :

  • Ensemble Selva di Flauti (Mayliss Balestic, Céline Destruhaut-Cozien, Claire Michon, Pierre Nénéez, Thomas Thiébaut)
  • Consort du Conservatoire de Tours (Adrien Reboisson, Anabelle Guibeaud, Julien Proust, Marius Duvillard, Louise Leclerc)
  • Ensmble du Polesup93 (Léa Grenet, Sarah Lefeuvre, Jeremy Gerszanowilsz, Léa d’Antonio)
  • Etudiants du CNSMD de Poitiers (Céline Sauret, Marion Le Moal, Camille Bélart, Felipe Jones Gama)
  • Consort du Conservatoire de Limoges (Théo Berthonnet, Laura Audonnet, Shaïma Es Saïdi)

Le temps fort de ce concert a été la réunion de plus de 50 flûtistes à bec pour interpréter en final le Ecce quam beatal lucem d’Alessandro Striggio, un motet à 40 voix réparties en 5 chœurs !

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Assemblée Générale ERTA

A l’issue, un nouveau CA a été élu. CA2016

Concert de Doulce Mémoire : C’est pas du pipeau !

A 16h à l’Hôtel de ville de Tours. Avec Johanne Maître, Elsa Franck, Denis Raisin-Dadre, Jérémie Papasergio, flûtes à bec et Bruno Caillat, percussions.

Concert-Doulce-Memoire3975  Tours2016_Concert-Doulce-Memoire

Pour ce concert exceptionnel, les flûtistes de Doulce Mémoire ont joués sur de nombreux instruments de facture et de diapason différents : flûtes à perce large (Henri Gohin, d’après un original du Musée de la musique de Paris, 520 Hz), flûtes Rafi (Francesco Li Virghi, 490 Hz), flûtes Praetorius (Francesco Li Virghi et Adrian Brown, d’après Hiers, 464 Hz) et les fameuses flûtes colonnes (Henri Gohin, d’après Hans Rauch von Schratt, 392 Hz). Nous avons pu entendre des pièces de compositeurs célèbres de la Renaissance (Janequin, Verdelot, Arcadelt, Ruffo, Cabezón, Du Caurroy, Banchieri) ainsi que des « tubes » de l’époque comme De tout bien playne, O felici occhi miei, Mille regretz